AESH depuis 5 ans… mais mon histoire avec ce métier a commencé bien avant

En octobre, cela fera cinq ans.

Cinq ans que j’ai signé mon contrat pour devenir AESH, accompagnante d’élèves en situation de handicap. Un CDD à l’époque, devenu depuis un CDI.

Cinq ans aussi que j’ai la chance — et j’emploie volontairement ce mot — d’être affectée dans l’école maternelle de mon quartier, située à seulement quatre minutes à pied de chez moi.

Lorsque je lis ou entends les témoignages de certaines de mes collègues, je sais à quel point cette situation est privilégiée.

Mais avant de parler des difficultés de notre métier, j’avais envie de raconter ce qui fait que, cinq ans après, je l’aime toujours.


Je ne parlerai évidemment pas précisément des enfants que j’ai accompagnés. Leur histoire leur appartient et le respect de leur vie privée est essentiel. Mais je peux raconter ce métier à travers ce qu’il m’apporte, les questions qu’il soulève et cette place un peu particulière que j’occupe au sein de l’école.

En réalité, mon histoire avec ce métier a commencé bien avant

Octobre ne marquera pas réellement mes cinq ans dans l’accompagnement des enfants en situation de handicap.

De 2003 à 2007, j’ai déjà été AVS, auxiliaire de vie scolaire.

Et lorsque je dis que c’était au début du dispositif, c’était vraiment le début !

Les textes ayant organisé le dispositif national des AVS datent justement de 2003. J’ai donc fait partie de cette toute première génération arrivée dans les écoles pour accompagner individuellement des enfants en situation de handicap.

À l’époque, autant dire que personne ne savait vraiment quoi faire de nous.

Notre présence dans les classes était nouvelle. Nous n’étions pas toujours très bien accueillies, pas nécessairement par mauvaise volonté, mais tout simplement parce que notre place n’était pas encore évidente.

Que devions-nous faire exactement ? Jusqu’où intervenir ? Comment travailler avec l’enseignant ? Quelle place prendre auprès de l’enfant sans en prendre trop ?

Il fallait apprendre un métier qui était lui-même en train de se construire.

Et les conditions n’aidaient pas vraiment.

Je travaillais vingt heures par semaine pour un salaire très faible — de mémoire, presque deux fois moins que ce que je gagne aujourd’hui comme AESH. Je préfère toutefois ne pas avancer de montant précis plus de vingt ans après, d’autant que plusieurs types de contrats coexistaient.

Surtout, nous enchaînions les CDD sans véritable perspective. Les contrats pouvaient être renouvelés, mais dans la limite de six années d’engagement.

Moi, j’ai arrêté en 2007, après quatre ans.

Pas parce que je n’aimais pas accompagner les enfants. Au contraire.

Mais parce qu’à la précarité et au faible salaire s’ajoutait quelque chose qui m’avait énormément pesé : le manque total de reconnaissance.

Puis les années ont passé.

J’ai fait autre chose. Le métier a changé. Les AVS sont devenues AESH, leur statut a évolué et leurs contrats aussi.

Et un jour, près de quinze ans plus tard, j’y suis revenue.

Pourquoi j’aime être AESH

J’aime accompagner les enfants en situation de handicap.

J’aime chercher ce petit quelque chose qui va leur permettre de réussir seuls ce qui leur semblait jusque-là impossible.

J’aime les voir progresser, parfois dans des domaines qui peuvent paraître minuscules vus de l’extérieur, mais qui représentent pour eux de véritables victoires.

Entrer plus sereinement dans la classe, accepter de participer à une activité, demander quelque chose, jouer avec un camarade, réussir un geste du quotidien ou comprendre enfin une consigne…

Ces progrès demandent parfois beaucoup de temps, de répétitions, de patience et d’adaptation. Mais lorsqu’ils arrivent, ils donnent tout son sens à notre présence.

Car accompagner ne signifie pas faire à la place de l’enfant.

L’une des difficultés de notre métier consiste justement à savoir quand intervenir… et quand ne pas intervenir.

Lorsque l’on connaît bien un enfant, on apprend à repérer ses besoins, ses inquiétudes, ses réactions et parfois les signes annonçant une difficulté. La tentation peut alors être grande d’anticiper pour lui éviter un échec, une frustration ou une crise.

Pourtant, aider trop vite peut aussi l’empêcher d’essayer, de chercher et de découvrir qu’il est capable de réussir seul.

Notre quotidien est donc fait de petits ajustements permanents : reformuler une consigne, montrer un premier geste, rassurer, encourager, patienter quelques secondes supplémentaires ou simplement rester disponible sans intervenir.

Notre objectif est même, aussi paradoxal que cela puisse paraître, que l’enfant ait un jour le moins possible besoin de nous.




Pourquoi la maternelle me correspond autant

J’aime profondément travailler en maternelle.

À cet âge-là, les enfants sont spontanés, innocents et vrais. Ils ne mettent pas toujours les formes — et cela donne parfois lieu à des situations assez drôles ! — mais leurs réactions sont rarement calculées.

Ils peuvent remarquer une différence et poser une question très directe parce qu’ils veulent comprendre. Puis, une fois qu’ils ont obtenu une réponse simple, ils passent généralement à autre chose.

Un enfant peut ne pas faire exactement la même activité que les autres, avoir besoin de davantage de temps ou réagir différemment : cela intrigue parfois ses camarades quelques instants, mais ils l’acceptent souvent avec une grande simplicité.

Cette spontanéité me plaît.

La maternelle est aussi une période durant laquelle certains progrès sont très visibles. Ce sont parfois de toutes petites choses, mais nous savons le chemin qu’il a fallu parcourir pour les atteindre.

Mon école et mon quartier

Depuis mon retour dans le métier, j’ai accompagné un ou deux enfants, dans la même école et jamais simultanément.

Cette école se trouve à quatre minutes à pied de chez moi. Jusqu’à présent, elle comptait quatre classes ; elle passera à trois à la rentrée prochaine.

C’est une toute petite école de quartier. Et travailler si près de chez soi entraîne forcément une certaine proximité avec les familles.

Lorsque je fais mes courses ou que je me promène dans le quartier, il m’arrive régulièrement de croiser des enfants et leurs parents. Dans l’immense majorité des cas, ces rencontres sont très cordiales et sympathiques.

Il est également arrivé que des enfants d’amis ou de voisins fassent leur rentrée dans mon école. Il faut alors poser quelques règles avec leurs parents afin de préserver un cadre professionnel : éviter, par exemple, une trop grande familiarité ou le tutoiement devant les autres membres du personnel.

Les enfants, honnêtement, s’en préoccupent assez peu durant une journée ordinaire. Ils comprennent généralement très bien que l’école est un cadre différent.

En revanche, lorsqu’ils ont un chagrin, ceux qui me connaissent déjà peuvent avoir naturellement tendance à venir me chercher. Mais cela ne me semble ni très étonnant ni véritablement problématique : ils se dirigent simplement vers un adulte qu’ils connaissent et qui les rassure.

Travailler dans son propre quartier demande donc de trouver un équilibre entre la proximité qui existe à l’extérieur et la posture professionnelle indispensable à l’intérieur de l’école.

Une place un peu à part parmi les adultes

Je suis la seule AESH de l’école.

Et ma place parmi les adultes est particulière : je ne suis ni enseignante, ni ATSEM, ni animatrice.

Je travaille avec tous, mais je n’appartiens véritablement à aucun de ces groupes.

Cette position peut avoir un côté positif. Lorsqu’il existe des tensions entre les adultes, je ne joue dans aucune équipe et je ne souhaite d’ailleurs pas prendre parti.

Mais cela peut aussi devenir un inconvénient : parce que je ne fais complètement partie d’aucun groupe, il m’arrive de ne pas être informée de grand-chose.

Cette place se construit donc au quotidien.

La relation avec l’enseignant ou l’enseignante de l’enfant est particulièrement importante. Pour que l’accompagnement fonctionne, nous devons pouvoir observer, échanger, nous faire confiance et ajuster ensemble l’aide apportée.

L’enseignant reste responsable de sa classe et des apprentissages. L’AESH n’est ni une enseignante particulière ni une personne chargée de faire travailler l’enfant à part. Elle doit l’aider à accéder à ce qui est proposé à l’ensemble de la classe, selon ses possibilités et ses besoins.

Il faut aussi veiller à ne pas devenir une barrière entre l’enfant, son enseignant et ses camarades.

Être suffisamment présente pour l’aider, mais assez discrète pour lui permettre de vivre pleinement sa vie d’élève.

Cette juste distance n’est jamais définitivement acquise. Elle évolue selon les enfants, les enseignants, les classes, les situations et les progrès réalisés.

Malgré les petits inconvénients liés à cette place un peu particulière, je ne changerais rien pour le moment.

J’ai la chance d’avoir été de nouveau affectée dans cette école pour la prochaine rentrée. Ce n’est jamais totalement acquis puisque notre affectation peut changer d’une année à l’autre.

Je vais donc retrouver cette petite école de quartier, désormais composée de trois classes, dans laquelle j’ai progressivement construit ma place depuis cinq ans.

Mais au fait, c’est quoi une AESH ?

AESH signifie « accompagnant d’élèves en situation de handicap ».

Nous travaillons auprès d’enfants ou d’adolescents dont le handicap nécessite une aide humaine afin de leur permettre de suivre leur scolarité dans les meilleures conditions possibles.

Selon les besoins de l’élève, notre travail peut notamment consister à l’aider :

  • dans certains gestes de la vie quotidienne ;

  • à se déplacer ou à manipuler son matériel ;

  • à comprendre ou reformuler une consigne ;

  • à entrer dans une activité d’apprentissage ;

  • à communiquer avec les autres ;

  • à participer à la vie de la classe ;

  • à gérer certaines émotions ou situations difficiles ;

  • à gagner progressivement en autonomie.

L’aide peut être individuelle, mutualisée entre plusieurs élèves ou collective, notamment au sein d’un dispositif Ulis.

Mais il y a une chose essentielle à comprendre : nous ne sommes pas là pour faire à la place de l’enfant.

Notre présence doit lui permettre d’accéder aux apprentissages et à la vie sociale de l’école, tout en préservant et en développant autant que possible son autonomie.



AESH : un métier devenu indispensable à l’école

Ce que je n’avais probablement pas mesuré lorsque j’ai repris ce métier, c’est l’ampleur qu’il avait prise pendant mon absence.

À la rentrée 2024, l’Éducation nationale employait précisément 134 800 AESH. Les chiffres communiqués pour 2025 font désormais état de plus de 140 000 accompagnants.

Nous représentons aujourd’hui le deuxième groupe professionnel de l’Éducation nationale en nombre de personnes, juste derrière les enseignants.

En 2017, nous étions environ 82 000. Nos effectifs ont donc progressé d’environ 70 % en huit ans.

Cette augmentation accompagne le développement de l’école inclusive. Durant l’année scolaire 2024-2025, environ 520 000 enfants en situation de handicap étaient scolarisés dans les écoles et établissements français, soit quatre fois plus qu’en 2005. Plus de 60 % bénéficiaient d’une notification prévoyant un accompagnement humain.

Derrière ce sigle encore un peu obscur se trouvent donc plus de 140 000 personnes qui font désormais partie du quotidien des écoles, des collèges et des lycées.

Et pourtant, notre métier reste étonnamment méconnu.

Mon quotidien n’est pas celui de toutes les AESH

Plus les années passent et plus je mesure la chance que j’ai.

Je travaille dans un seul établissement, tout près de chez moi. Je n’ai jamais eu à courir d’une école à une autre dans la même journée et, jusqu’à présent, je n’ai jamais dû accompagner simultanément plusieurs enfants.

Ce n’est absolument pas la situation de tout le monde.

Une étude publiée en mars 2026 par la DEPP, le service statistique du ministère de l’Éducation nationale, montre que trois AESH sur quatre travaillent dans un seul établissement.

Cela signifie aussi qu’environ une AESH sur quatre exerce dans plusieurs écoles ou établissements.

L’aide peut être individuelle, mais elle peut également être mutualisée. Dans ce dernier cas, une AESH accompagne plusieurs élèves, successivement ou parfois simultanément, en fonction des besoins et de l’organisation retenue.

Sur le papier, la mutualisation permet d’adapter les moyens.

Sur le terrain, elle peut donner des journées durant lesquelles il faut passer d’un enfant à un autre, d’une classe à une autre et parfois d’un établissement à un autre.

La même étude indique que les AESH interrogées déclarent intervenir auprès d’un nombre d’élèves 1,6 fois supérieur au nombre d’élèves pour lesquels elles disposent officiellement d’une notification d’accompagnement.

Cette donnée en dit beaucoup sur la réalité d’une classe.

Parce qu’une fois que nous sommes là, nous ne vivons évidemment pas dans une bulle avec « notre » enfant.

Sans nous substituer à l’enseignant ou aux autres professionnels, il est difficile d’ignorer totalement un autre élève qui sollicite ponctuellement notre aide.

La Cour des comptes a également souligné le besoin de mieux clarifier le rôle des AESH vis-à-vis des enseignants et de renforcer leur reconnaissance au sein de la communauté éducative.

Des constats qui font forcément écho à cette place un peu particulière que je ressens moi-même dans mon école.

Un métier que l’on aime… mais dont on vit difficilement

C’est probablement là que se trouve l’un des grands paradoxes de notre profession.

Dans l’étude nationale publiée en 2026, 85 % des AESH considèrent que leur travail est utile aux autres.

Mais elles sont exactement aussi nombreuses à ressentir un manque de reconnaissance de leur métier dans la société.

Plus de vingt ans après mes premiers pas comme AVS, ce chiffre me parle forcément.

Et puis il y a la question du salaire.

Selon cette étude, 98 % des AESH travaillent à temps incomplet, avec une quotité moyenne correspondant à seulement 63 % d’un temps plein.

En 2023, leur salaire mensuel moyen était de 1 030 euros nets.

Et 90 % estimaient ne pas être suffisamment rémunérées au regard du travail effectué.

Le CDI a représenté une véritable avancée.

Je peux d’autant mieux le mesurer que j’ai connu l’époque durant laquelle nous passions de CDD en CDD sans réelle perspective. Aujourd’hui, six AESH sur dix en exercice sont en CDI.

Mais un CDI ne règle évidemment pas tout lorsqu’il s’agit d’un emploi exercé presque systématiquement à temps incomplet.

Des recrutements… et pourtant des collègues qui partent

C’est un autre paradoxe.

L’Éducation nationale recrute toujours davantage d’AESH. Deux mille postes supplémentaires ont notamment été annoncés pour la rentrée 2025.

Mais recruter ne suffit pas si l’on peine à conserver les personnes déjà en poste.

Il faut être prudent avec les chiffres concernant les démissions, car il n’existe pas de statistique nationale officielle aussi précise que celles portant sur les effectifs et les conditions de travail.

Lors d’auditions au Sénat, la CFDT a estimé qu’environ un tiers des AESH avaient démissionné entre 2020 et 2022. Il s’agit donc d’une estimation syndicale citée dans des travaux parlementaires, et non d’un chiffre directement produit par l’Éducation nationale.

L’enquête officielle de la DEPP apporte un autre indicateur : 36 % des AESH envisagent un changement de poste, d’affectation ou d’emploi au cours des trois prochaines années.

Et 27 % pensent ne pas pouvoir exercer ce métier jusqu’à leur retraite.

Lorsque l’on aime ce métier, ce sont des chiffres qui interrogent.

Plus de vingt ans après…

C’est probablement ce qui me frappe le plus en écrivant cet article.

J’étais AVS en 2003.

Je suis AESH en 2026.

Entre les deux, énormément de choses ont changé.

Notre présence dans les établissements scolaires est devenue habituelle. Notre rôle est mieux identifié. Nous sommes beaucoup plus nombreuses et nombreux. Le CDI est devenu accessible après trois années de CDD.

Alors oui, le chemin parcouru est immense.

Mais certaines difficultés que je connaissais déjà il y a plus de vingt ans sont toujours là : la faible rémunération, les temps incomplets, le manque de reconnaissance et la difficulté à trouver sa juste place.

Pour autant, je ne voudrais pas terminer cet article uniquement sur ce qui ne va pas.

Parce que ce ne serait pas raconter mon métier.

💜L’avis de Chat’Stuces

Cinq ans après mon retour, j’aime toujours être AESH.

Et j’ai pleinement conscience d’avoir bénéficié jusqu’à présent de conditions particulièrement favorables : une école située à quelques minutes de chez moi, un seul lieu de travail, un ou deux enfants à accompagner et des emplois du temps qui ne m’ont jamais obligée à courir d’un établissement à un autre.

J’ai également construit ma place dans une petite école et appris à évoluer parmi des professionnels aux fonctions très différentes des miennes.

Je sais que certaines de mes collègues vivent une tout autre réalité.

Cela ne devrait d’ailleurs pas être une chance de pouvoir exercer son métier dans de bonnes conditions. Cela devrait simplement être normal.

Mais derrière toutes ces statistiques, il reste quelque chose que les tableaux ne pourront jamais véritablement raconter.

Le petit regard d’un enfant qui vient de comprendre.

Le « J’ai réussi ! ».

Une chose qu’il accomplissait avec notre aide en septembre et qu’il réalise seul quelques mois plus tard.

Le moment où l’on comprend qu’il a de moins en moins besoin de nous.

Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est peut-être justement cela, réussir notre métier d’AESH :

devenir peu à peu inutile.

Parce que notre place n’est pas de faire à leur place.

Elle est de les accompagner suffisamment longtemps pour qu’un jour, autant que possible, ils puissent faire sans nous.

Et cela, plus de vingt ans après mes premiers pas comme AVS, continue de donner énormément de sens à mon métier.

Sources

  • Ministère de l’Éducation nationale – DEPP, Les conditions d’exercice des accompagnantes et accompagnants d’élèves en situation de handicap, 26 mars 2026.

  • Ministère de l’Éducation nationale, données relatives à la scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers et aux effectifs d’AESH, 2025.

  • Ministère de l’Éducation nationale, textes relatifs à la mise en place des assistants d’éducation et des AVS, 2003.

  • Cour des comptes, L’inclusion scolaire des élèves en situation de handicap, septembre 2024.

  • Sénat, travaux parlementaires relatifs aux AESH et à l’école inclusive, décembre 2025.

Commentaires

  1. Merci Luiza pour cet article hyper complet ! Je travaille tous les jours avec des AESH, ils sont vraiment mes alliés au quotidien !

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